L’enfant : un dèpôt d’Allah, pas une ètiquette

En tant que thérapeute, je reçois souvent des appels de parents inquiets. Leur enfant a du mal à apprendre en classe ; l’enseignant le trouve « hyperactif », « dyslexique » ou « porteur d’un TDAH ». Ce diagnostic semble aujourd’hui presque « à la mode », au point qu’on a parfois l’impression que toute une classe est concernée. Certains enfants sont même étiquetés dès le jour de la rentrée.

Je ne remets pas en cause la compétence des enseignants — j’ai moi-même enseigné — mais il est nécessaire de prendre leurs remarques avec précaution. Diagnostiquer un enfant ne peut pas se faire en une matinée : cela nécessite plusieurs semaines d’observation, une analyse de l’environnement familial, et surtout la consultation de véritables spécialistes comme les neuropédiatres ou neuropsychologues. D’ailleurs, il vaut parfois mieux recueillir deux avis plutôt qu’un seul.

Un enfant qui écrit mal n’est pas forcément dysorthographique. Le système éducatif, déjà en retard de plusieurs décennies sur certaines méthodes, ne permet pas toujours aux enseignants — souvent non formés aux troubles de l’apprentissage — de différencier la difficulté passagère d’un trouble réel. Gérer une classe de trente élèves, avec peu de moyens et sous la pression institutionnelle, est une épreuve lourde ; il est donc compréhensible que certains enseignants se tournent vers des étiquettes rapides.

Mais enfermer un enfant dans une case est dangereux. Cette étiquette peut l’accompagner toute sa vie, influencer son estime de soi, et occulter ses qualités. Or, l’école met davantage l’accent sur les « défauts » que sur les forces. Un enfant qui lit plus lentement que les autres est vite catalogué. On demande aux élèves de rester immobiles et silencieux alors que leur nature (fitra) est mouvement et curiosité. Cela conduit à les considérer comme « hyperactifs » simplement pour avoir exprimé ce qui est inné en eux.


L’impact des attentes

Il est également important de se rappeler que les attentes des adultes influencent profondément le développement d’un enfant.

  • Effet Pygmalion : lorsqu’on attend le meilleur d’un enfant et qu’on le soutient, il a tendance à se surpasser.

  • Effet Golem : des attentes négatives ou des étiquettes peuvent limiter ses performances et miner sa confiance en lui.

Ainsi, chaque mot et chaque jugement que nous portons sur nos enfants peut devenir une prophétie autoréalisatrice, pour le meilleur ou pour le pire.

Le Prophète ﷺ nous enseigne :

« Celui qui n’est pas miséricordieux envers les enfants et ne reconnaît pas les droits des anciens n’est pas des nôtres. » (At-Tirmidhî)

Allah ﷻ nous rappelle :

« Nous avons certes honoré les enfants d’Adam » (Sourate Al-Isrâ’, 17:70)

Chaque enfant porte donc une dignité qu’aucune étiquette ne devrait effacer.

Un enfant qui lit difficilement en français mais récite l’arabe avec fluidité n’est pas nécessairement dyslexique. Allah ﷻ a créé chaque enfant avec des aptitudes différentes :

« C’est Lui qui vous a désignés successeurs sur terre et qui vous a élevés en degrés les uns au-dessus des autres afin de vous éprouver en ce qu’Il vous a donné. » (Sourate Al-An‘âm, 6:165)

Si Allah ﷻ a permis que votre enfant rencontre des difficultés scolaires, c’est une épreuve, mais certainement pas une condamnation. Le Prophète ﷺ a dit :

« Étonnante est l’affaire du croyant : toute son affaire est un bien pour lui. Si un bonheur l’atteint, il remercie Allah et c’est un bien pour lui ; et si un malheur l’atteint, il patiente et c’est un bien pour lui. » (Rapporté par Muslim)

Un enfant peut se surpasser demain, in shâ Allah, grâce à votre patience et vos invocations. Souvenez-vous de l’histoire de l’imam Al-Bukhârî رحمه الله : aveugle dans son enfance, il retrouva la vue par les invocations de sa mère, et devint l’un des plus grands savants de l’islam.

🌷 Le Prophète ﷺ a dit :

« Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable de son troupeau. L’homme est un berger pour sa famille et il est responsable de son troupeau… » (Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim)

Parents, vos enfants sont un amânah (dépôt sacré) confié par Allah. Ne soyez pas les premiers à les juger, mais les premiers à croire en eux. C’est vous qui les connaissez le mieux. Observez-les avec amour, guidez-les avec douceur, et confiez-les à Allah ﷻ.

Il est normal de vouloir aider son enfant et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour son éducation et son bien-être. Ce n’est pas parce que votre enfant a quelques difficultés que sa vie est fichue, Allah Seul connaît Son Décret.

Nous devons faire les causes, chercher des solutions, accompagner nos enfants avec patience et amour… mais n’oublions jamais que le résultat appartient à Allah. Comme Allah ﷻ le rappelle :

« Et Ton Seigneur crée ce qu’Il veut et choisit » (Sourate Al-Qasas, 28:68)

Ainsi, faites de votre mieux et placez votre confiance en Allah, car c’est Lui Qui connaît le meilleur pour votre enfant.


Mamet Farha, Psychopraticienne

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