Mon enfant face au Coran

Il m’a fallu du temps pour écrire cet article, car certaines lignes risquent de faire réagir. Mais l’islam est une religion de vérité, et il est parfois nécessaire de poser des constats avec sincérité.

À La Réunion, nous avons la chance d’observer depuis des décennies, dans de nombreuses familles indo-musulmanes, des ḥuffāẓ al-Qur’ān (porteurs du Coran). C’est même devenu une tradition bien ancrée. Cependant, depuis quelques années, un phénomène revient souvent en consultation : de nombreux parents rencontrent des difficultés dans l’apprentissage du Coran chez leurs enfants.

Les questions sont récurrentes : « Mon enfant a commencé le ḥifẓ mais il peine à mémoriser », ou encore « Il a les capacités mais il veut abandonner ».

Avoir une bonne mémoire ne suffit malheureusement pas. L’apprentissage du Coran dépend de plusieurs facteurs.

Un contexte qui a changè

L’époque a changé, l’environnement aussi. Les enfants évoluent aujourd’hui dans un monde très stimulant : écrans, réseaux sociaux, téléphone portable, vidéos courtes et contenus rapides. Cette surstimulation constante affecte profondément leur capacité d’attention, leur concentration et leur patience dans l’apprentissage.

Ces distractions rendent l’effort de mémorisation plus difficile, car l’enfant est habitué à une gratification immédiate, alors que l’apprentissage du Coran demande de la régularité, de la répétition et de la patience.

Les intentions de départ sont souvent bonnes, que ce soit celles des parents, de l’enseignant ou de l’enfant. Mais en cours de route, des difficultés apparaissent : fatigue, perte de motivation, tensions entre parents et enfants ou avec l’enseignant.

Un manque de clartè dans l’intention

Aujourd’hui, quand on demande aux parents pourquoi ils souhaitent que leur enfant apprenne le Coran, ou aux enfants pourquoi ils veulent le mémoriser, les réponses sont parfois floues ou incomplètes.

Une question essentielle se pose également : qu’est-ce que le Coran pour l’enfant ? Le comprend-il réellement ?

Les réponses ne sont pas toujours à la hauteur de l’enjeu.

Le rôle et la responsabilitè des parents

Le parent est un miroir pour son enfant. L’éducation ne se limite pas à inscrire l’enfant à la madrasa ou à exiger de lui la mémorisation. Elle commence par l’exemple.

Un enfant observe plus qu’il n’écoute. Si le parent ne lit pas le Coran, ne lui accorde pas de place dans son quotidien, ou ne le pratique que rarement, il devient difficile d’attendre de l’enfant une relation forte et constante avec le Livre d’Allah.

La responsabilité parentale est donc centrale. Le parent doit montrer l’exemple : lire le Coran, le réciter, s’y attacher, même de manière simple mais régulière. L’enfant apprend davantage par imitation que par discours.

Une responsabilité éducative

Apprendre et mémoriser le Coran est un acte noble. Allah dit dans le Coran :

« En vérité c’est Nous qui avons fait descendre le Coran, et c’est Nous qui en sommes gardiens. » (Sourate Al-Hijr, 15:9)

Le Prophète ﷺ a également dit :

« Le meilleur d’entre vous est celui qui apprend le Coran et l’enseigne. » (Al-Bukhari)

Cependant, il est essentiel de comprendre que la mémorisation seule, sans compréhension, limite profondément l’impact éducatif et spirituel.

Comprendre avant de mémoriser

Se baser uniquement sur les capacités cognitives de l’enfant ne suffit pas. L’objectif ne devrait pas être uniquement la mémorisation, mais aussi la compréhension et la connexion au message du Coran.

Chaque sourate porte une histoire, une morale, un enseignement. L’enfant doit pouvoir se poser cette question : que m’enseigne Allah à travers cette sourate ?

Donner du sens et du plaisir

Quelques pistes éducatives peuvent aider :

Le parent doit être un modèle, en lisant et en vivant le Coran devant son enfant.
Il est important d’expliquer les sourates avec des mots simples et adaptés.
L’utilisation de supports variés peut être bénéfique : livres pour enfants, audio, quiz, jeux éducatifs.
Il faut éviter de transformer l’apprentissage en pression permanente.
Enfin, il est essentiel de respecter le rythme et la fatigue de l’enfant.

Apprendre le Coran doit être un plaisir et non une contrainte.

L’importance du bon moment

Aujourd’hui, les enfants ont des emplois du temps chargés entre l’école, les activités et la madrasa. Il est donc normal qu’ils soient parfois fatigués ou moins réceptifs. Il est important d’identifier les moments où ils sont les plus disponibles et concentrés.

Une mise en garde sur les distractions

Il est également important de protéger le cœur de l’enfant face aux distractions excessives liées aux réseaux sociaux, aux téléphones et aux contenus numériques. Ces outils, lorsqu’ils ne sont pas encadrés, fragmentent l’attention et réduisent la capacité de concentration nécessaire à l’apprentissage du Coran.

D’autre part ,les méfaits de l’écoute de la musique qui entravent dans cette mémorisation.

Ibn al-Qayyim رحمه الله disait :
« Il y a deux amours qui ne peuvent cohabiter dans un même cœur : l’amour du Coran et l’amour de la musique. »

Conclusion

Aujourd’hui, nous avons tendance à vouloir accélérer la mémorisation du Coran, parfois au détriment de la compréhension et de la mise en pratique. Pourtant, les compagnons du Prophète ﷺ apprenaient le Coran lentement, en le vivant avant de passer à d’autres versets.

Il est rapporté que ‘Umar ibn al-Khattab رضي الله عنه a mis environ dix ans pour apprendre la sourate Al-Baqara, car il ne passait à la suivante qu’après l’avoir comprise et mise en pratique.

MAMET F.

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